Les barrières douanières, la politique américaine protectionniste

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Presque un an et demi après l’entrée en fonction du président américain Donald Trump, l’élan protectionniste qu’il a impulsé dans le monde entier est devenu le risque géopolitique majeur, générateur d’incertitudes sur les marchés et dans les milieux d’affaires.

Par contre, l’Union Européenne n’utilise pas ses droits de douane ou ses barrières non tarifaires contre les États-Unis mais «contre» tous les pays avec lesquels l’UE n’a pas de traité commercial. Pour l’UE, comme pour tous les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les droits de douane ne résultent pas d’une décision unilatérale. Ils ont été négociés avec l’ensemble des pays du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), ancêtre de l’OMC. La réciprocité ne s’applique pas produit par produit, mais sur l’ensemble des concessions des uns et des autres. Il est donc possible pour chaque pays de choisir les secteurs qui seront relativement plus protégés dès lors que d’autres le seront moins.

Les droits antidumping américains imposés à l’acier chinois ont réduit les importations à presque rien. Pour les mesures vraiment non tarifaires, l’impact est plus difficile à calculer mais beaucoup d’entre elles équivalent à des tarifs élevés voire, comme pour les normes, à de véritables prohibitions. Les consommateurs subissent aussi la hausse des prix des produits importés.

Le protectionnisme déchire les élus des deux bords et brouille les sensibilités politiques à l’approche des élections de mi-mandat en novembre prochain. Ce qui est extrêmement protégé dans l’Union européenne, ce sont certains produits agricoles. Pour les automobiles, par exemple, le droit est de 10%, ce qui est certes élevé mais reste relativement modéré. Lorsqu’on compare la structure tarifaire des États-Unis et de l’UE, on constate qu’elles sont finalement très proches. Grosso modo, les deux protègent ou ouvrent les mêmes secteurs. Certes, l’Union européenne taxe davantage ses automobiles (10% contre 2,5%) mais les États-Unis taxent plus les camions (25% contre une moyenne d’environ 15% en UE). Les deux protègent le textile et l’habillement, mais les États-Unis un peu plus que l’Europe.

Finalement, le tarif moyen des États-Unis est légèrement plus faible que celui de l’Union européenne (3,5% contre 5,2%), mais cette différence est peu significative et largement rattrapée par l’usage d’autres instruments non tarifaires.

En effet, côté pile, le commerce mondial se porte toujours très bien et devrait croitre de 4 % en 2018 et en 2019. Le nombre de mesures protectionnistes décélère (489 mesures en 2017, après 829 en 2016), et les accords fleurissent. L’Union européenne profite d’un instant politique qui est favorable à la négociation, que ce soit avec le Canada, le Japon ou dernièrement avec le Mercosur.